Québec : mode d'emploi

Québec : mode d'emploi

Le Québec, vu, analysé et expliqué avec humour par une Franco-Québécoise de souche. S'invitent parfois coups de coeur, coups de gueule et chroniques, ayant ou non rapport avec la Belle Province. Bienvenue et bonne lecture !

Mes expressions québécoises préférées (2)

parapluieIl est plus que temps que j'étoffe cette catégorie portant sur mes expressions québécoises favorites. Cette fois j'aimerais parler des termes suivants : débarbouillette, grafigner et se beurrer.

 

Débarbouillette 

 

J'ai deux piles de débarbouillettes dans mon placard à serviettes. L'une contient des débarbouillettes toutes belles et toutes blanches : il s'agit des débarbouillettes que j'utilise pour nettoyer les fesses de mon bébé.

 

L'autre, en revanche, se doit d'être dissimulée si un visiteur quelconque est susceptible d'ouvrir le placard. Les débarbouillettes ne sont ni belles et encore moins blanches : elles sont repoussantes et tachées (mais ultra propres !). Oui, tachées, preuve qu'elles sont particulièrement sollicitées et utiles. Le marron côtoie le orange, qui côtoie le noir, qui côtoie le vert. Marron pour fard à joues, orange pour fond de teint, noir pour mascara, et vert pour masque d'argile. En effet, il s'agit de mes débarbouillettes de démaquillage, et je les utilise quand j'ai la flemme de me démaquiller avec les petits ronds de coton, c'est-à-dire 8 fois sur 10.

 

Une débarbouillette a la texture d'un gant de toilette, la vocation d'un gant de toilette et donc la lourde tâche, elle aussi, de décrasser le corps humain dans ses moindres recoins - surtout ses moindres recoins ! Malgré toutes ces similitudes, il ne s'agit pas d'un gant de toilette à proprement parler. La débarbouillette est un simple carré de tissu, de taille environ trois fois supérieure au gant de toilette. On ne met pas la débarbouillette, donc, on la prend (aucune allusion érotique, attention !). Voilà, vous savez tout. Des questions ?

 

Grafigner

 

Je me suis grafigné, tu t'es grafigné, il s'est grafigné, nous nous sommes grafignés, vous vous êtes grafignés, ils se sont grafignés, bref, nous nous sommes tous fait un petit bobo mais rien de grave, rassurez-vous ! 

 

Grafigner : verbe, mais aussi expression québécoise très souvent utilisée dont l'auteur de ce blog est totalement fan. Signifie griffer, écorcher, érafler, égratigner. L'on peut grafigner un objet ("Le salaud ! Je vais lui grafigner sa BM avec mes clés !"), l'on peut grafigner un être humain ("Hé, ho ! Fais attention écoute ! Tu viens de me grafigner le nez avec ton parapluie !") et l'on peut se grafigner soi-même ("Salut ! Je me suis grafignée moi-même, comme une grande.")

 

J'ignore pourquoi j'aime tant cette expression. J'ignore également d'où elle vient. Un mélange des verbes griffer et égratigner peut-être ?

 

Petite anecdote croustillante avant de passer à la troisième expression : il y a quelques années, j'ai reçu un ensemble de draps et taies d'oreillers en cadeau. Or il se trouve que les bordures sont en dentelles. Mon conjoint (que je ne vous présente plus) s'est plaint, affirmant que ça lui "grafignait la face". Je trouve la phrase adorable, surtout venant d'un homme qui manie des marteaux et de gros engins bruyants à longueur de journées. (Défense de se moquer de lui ! Dormez sur un oreiller en dentelles et on reparlera !)    

 

Se beurrer 

 

Ok, mais se beurrer quoi ? Une tartine ? Une biscotte ? Du pain azyme (hummmm...) ? Du pain aux raisins ?

 

Non, non... Se beurrer tout court... 

 

Au Québec, on "se beurre" dans toutes sortes de situations différentes. On se beurre quand on se renverse quelque chose dessus. Exemple : se renverser du yaourt à l'abricot sur le pull. On se beurre quand on tombe dans quelque chose. Exemple (la scène se passe un matin de septembre, en forêt) : "je viens de tomber dans une flaque de boue et j'ai complètement beurré mon pantalon dis donc !". On se beurre quand on met trop de crème solaire à la plage. Exemple : "My god, j'ai mis ben trop de crème solaire ! J'ai les jambes toutes beurrées !".

 

Bref, vous avez compris le principe.

 

Marche aussi avec la crème : je me suis crémée = je me suis beurrée. 

 

 

La kestion SMS : toi oci tu trouve sa délicieux le pain azyme ? 

 

 

(photo : solrac_gi_2nd, Morguefile)

 

 

 

 

 

 

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patquebec 23/06/2012 18:43

Beaucoup de mots québecois que l'on ne connait pas viennent du vieux français:
Depuis 1243 grafigner (« égratigner, griffer »), de grafiner (1200, « gratter (la terre) avec les ongles »)

En Belgique, on utilise beaucoup le verbe 'se débarbouiller'. On l'utilise aussi en France ?
Barbouiller signifiant salir, débarbouiller signifie plutôt l'inverse. Généralement, ça veut dire se nettoyer le visage. Ca peut être plus large que ça (aisselles, ventre, cou...) mais c'est moins
que se laver entièrement :)

C'est quoi le pain azyme ???

Franco-québécoise 26/06/2012 17:05



Merci Pat pour ces explications ! Oui, en France aussi on utilise les mots barbouiller et débarbouiller si mes souvenirs sont bons. La débarbouillette en revanche, c'est juste au Québec. J'aime
beaucoup ce mot !


Le pain azyme est un pain constitué d'eau et de farine (pas de levure). C'est plat, sec et ça croustille. Je n'aime pas ça du tout en fait. C'est ma mère qui mangeait ça quand
j'étais enfant car il paraît que c'est un "bon" coupe-faim...


Les expressions et termes québécois sont une mine d'or et si je devais retourner en France, ça me manquerait beaucoup !