Québec : mode d'emploi

Québec : mode d'emploi

Le Québec, vu, analysé et expliqué avec humour par une Franco-Québécoise de souche. S'invitent parfois coups de coeur, coups de gueule et chroniques, ayant ou non rapport avec la Belle Province. Bienvenue et bonne lecture !

Le dépanneur, un concept très très très bien

un dépanneur au Québec (crédit photo : Le Devoir)

un dépanneur au Québec (crédit photo : Le Devoir)

Tu n'as aucune excuse si tu meurs de la faim un dimanche soir, même s'il est tard.

Tu n'as aucune excuse si tu chopes un méga coup de soleil à la plage, sous prétexte que tu avais oublié ta crème solaire à la maison.

Tu n'as aucune excuse si tu refuses de faire des photos le 31 décembre, sous prétexte que tes piles ont rendu l'âme.

Non, personne ne mourra, personne ne cramera, et tout le monde sera pris en photo : nous sommes en Amérique du Nord et il y a des dépanneurs partout.

Un dépanneur est une petite épicerie⁄tabagie⁄kiosque, soit toute seule, soit associée à une station d'essence, ouverte très tard et 7 jours sur 7, bien souvent 24 heures sur 24.

C'est là que, lorsque je n'ai vraiment pas le choix, on me refile la chose la plus dégueulasse, la plus contaminée qui soit : la clé des toilettes extérieures (ou intérieures), avec, et c'est terrible, un foutu porte-clés d'accroché... et encore plus contaminé.

Mais surtout, c'est là que l'on va quand on est en panne de quelque chose. Le dépanneur dépanne quand on est en panne grâce à sa panoplie de produits. (Hi hi hi.)

Les Québécois sont accros aux dépanneurs. C'est là qu'ils achètent leurs clopes, leur bière et leur sacro-saint jus de vache (quand ils sont en panne) : le lait.

On y trouve également des oeufs, des serviettes hygiéniques, de la crème fouettée, des billets de loterie, des sandwichs, des cartes routières du Québec, des lunettes de soleil, de la soupe en conserve, du papier toilette et de la pâtée pour chats. Le dépanneur est à la vie quotidienne ce que le Canadian Tire est à la quincaillerie.

Il y a deux sortes d'ambiance lorsque l'on arrive au "dép". L'on tombe soit sur un petit jeune de 19 ans, purement québécois, soit sur un Vietnamien ou un Hindou qui ne parle que 101 mots de français : les chiffres de 1 à 100 plus le mot "dollar". "Bonjour", "merci" et "aurevoir" demeurent quant à eux des notions trop abstraites, que le prof de français n'a pas jugé bon de transmettre.

Si tu as affaire au petit jeune, c'est probablement que tu as mis les pieds dans une grosse et célèbre chaîne québécoise de dépanneurs, au nom involontairement mais quand même assez érotique : "Couche Tard", "Beau soir" ou encore "Boni Soir". La succursale est alors grande, aérée et décorée.

Si tu as affaire à l'immigré qui te "sert" tout en parlant au téléphone à son beau-frère, dans une langue que tu ne connais pas : tu es probablement chez un privé et l'espace est alors petit, pogné* et pas décoré.

Au dépanneur tu peux t'acheter un café, un muffin aux fruits et le journal, ou de la bière, des chips et du porno. Et c'est ça qui est bien avec ces petits magasins : ça rejoint tout le monde. Les femmes, mais aussi les hommes.

 

La kestion Facebouc : et toi, trouves-tu k'il devré y avoir plus de petits pois dans le riz kantonais ? Moi oci.

 

Un peu de vocabulaire...


"Pogné" est un adjectif très utilisé au Québec. Qu'il qualifie une chose, un endroit ou un être humain, il est peu flatteur. Quand on dit de quelque chose que c'est "tout pogné", que "ça a l'air tout pogné", c'est que c'est étriqué. Ça semble trop petit, trop serré. Un endroit "tout pogné" est un endroit où il manque d'espace, d'air, où on ne peut pas faire de break dance adéquatement. Une personne qui a l'air "pognée" est une personne coincée du derrière, renfermée, qui ne sait pas s'amuser, se lâcher...

En tant que verbe, "pogner" signifier attraper. Il est aussi le synonyme du célèbre "pécho" bien français (choper) et signifie donc dans ce cas-là "avoir du succès auprès des femmes (ou des messieurs)".

 

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