Québec : mode d'emploi

Québec : mode d'emploi

Le Québec, vu, analysé et expliqué avec humour par une Franco-Québécoise de souche. S'invitent parfois coups de coeur, coups de gueule et chroniques, ayant ou non rapport avec la Belle Province. Bienvenue et bonne lecture !

Été, gazon, voisins et tondeuses à essence

pissenlit.jpgAlors ça y est... ? C'est sûr ? Le ballet, la symphonie des tondeuses à essence va recommencer pour six mois ? Plus possible de passer un samedi ou un dimanche après-midi tranquille, au calme, au bord de sa piscine ou sur sa terrasse ?

 

Eh bien oui. Ça y est. L'été arrive et mes copines les tondeuses aussi.

 

En fait ce ne sont pas les tondeuses qui me dérangent (car dans le cabanon ou le garage, elles sont inoffensives) ; ce sont les voisins. Mais pas ceux qui me disent salut de loin, avec la main, puis qui poursuivent leur vie (eux je les adore...). Ce sont plutôt ceux qui n'en ont pas de vie, justement. Ceux qui n'aiment pas se détendre au soleil, se détendre à l'ombre, lire un livre, lire un magazine, écouter un cd, aller manger une crème glacée, aller boire un Coca sur une terrasse, aller faire les magasins, aller marcher en forêt, faire l'amour avec leur femme, faire du scrapbooking, de la bicyclette, du pédalo, de la course à pied, de la marche à pied, bref, ceux qui vivent pour leur maison (et leur voiture). Ce sont eux, qui me dérangent. Qui m'exaspèrent même. Appelons-les les esclaves du gazon.

 

Ils me dérangent parce qu'ils passent leur tondeuse trop souvent et trop longtemps et ils m'exaspèrent parce qu'ils n'ont rien d'autre à faire. Ne s'intéressent à rien. Pourtant la vie c'est bien, et ça passe vite. Il y a plein de choses sympas à faire dans la vie. Surtout l'été. (Voir paragraphe précédent pour piocher quelques bons plans.)

 

Est-ce si excitant de passer une tondeuse à essence ? Je ne sais pas je n'ai jamais essayé. Peut-être après tout. Peut-être que c'est moi qui ne comprends rien à la vie, aux joies de l'existence... La seule tondeuse que j'ai utilisée était une manuelle... Et celle-là en tout cas n'avait rien d'excitant. Pas même les roues.

 

Je crois que le gazon essaie de nous dire un truc depuis qu'il a été inventé : "hé ho, je dois pousser les gars !"  

 

Beaucoup de rues au Québec (et aux États-Unis aussi d'ailleurs) me font penser au film Edward aux mains d'argent, avec Edward et la rouquine cochonne en moins. L'extérieur des maisons est aussi clean que l'intérieur, il n'y a pas une tige de fleur qui pousse un peu inclinée ou à l'écart des autres, pas une branche d'arbre plus longue ou plus courte que les autres, pas un centimètre de quelque chose laissé à l'état sauvage, au bon vouloir de dame nature. Il faut être mieux que le voisin mais aussi avoir plus de gadgets que lui. Une plus grosse tondeuse, un arrache-pissenlit plus pratique, mieux pensé, un taille-bordure plus bruyant, un système d'arrosage automatique plus cher, un gazon plus vert...

 

En fait je pense qu'il y a des concours de gazon clandestins en Amérique du Nord. Oui, je sais bien qu'un beau gazon est devenu un symbole de réussite sociale mais je crois que ça va plus loin. Ce n'est pas possible que l'on mette autant de temps, d'énergie et d'application dans l'entretien de brins d'herbe, comme ça, pour le plaisir. Il y a forcément un truc à la clé. Une récompense. Un prix. Un diplôme. Un passage à la télé. Il y a bien des concours de toutous shampouinés et bigoudités (avec, et c'est d'une tristesse sans nom, du vernis à ongles sur les griffes), des concours de petites filles de 3 ans, et des concours de mangeurs de hot dogs. Alors pourquoi pas de gazons ?

 

Les critères de sélection ? Couleur, texture, hauteur, nombre de brins au cm2 et, surtout, odeur. Si ça sent l'herbe, la vie, ça ne marche pas ! Ça ne doit rien sentir du tout et, surtout, il ne faut pas qu'il y ait de terre en-dessous. Premièrement parce que la terre c'est sale, c'est laid, c'est noir et deuxièmement parce que ça constitue un excellent lieu de vie pour les fourmis et les vers de terre, c'est-à-dire de la nourriture pour les petits oiseaux. Or les oiseaux sont interdits sur les pelouses qui font le concours car ils chantent (et c'est chiant) et risquent de marcher sur le gazon, de l'endommager.

 

Ah mais on me dit dans l'oreillette qu'il y a aussi la méthode d'arrosage qui entre en ligne de compte. Celui qui arrose avec un tuyau d'arrosage, comme un con, avec ses sandales Crocs, en étant physiquement présent et en profitant de la jolie vue que lui offre son jardin peut aller se rhabiller. Défense de se ressourcer et d'apprécier la fraîcheur de la soirée en arrosant son herbe et ses fleurs. Seuls les systèmes d'arrosage automatique, en titane, et à plus de 2500 dollars sont autorisés dans la compétition. Par ailleurs il faut que la pelouse se referme sur eux lorsqu'ils rentrent dans le sol et que l'on puisse les mettre en route à l'heure souhaitée, depuis le canapé, grâce à la télécommande de la télévision. Mais surtout, ils doivent également arroser les jours de pluie. Ça, c'est la classe. 

 

Pour les pissenlits, inutile de préciser qu'il faut le rayon laser qui pulvérise à distance, depuis le canapé encore une fois. Car être dehors quand il fait beau et chaud, c'est ridicule. On est bien mieux dans son salon, avec l'air climatisé à fond, à nourrir son esprit devant un bon jeu télévisé.

 

La question SMS : toi oci tu savé pa ke des roues de tondeuse c'est excitant ?

 

 

 

(photo : slevin, Morguefile)

 

 

 

 

 

 

 

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