Québec : mode d'emploi

Québec : mode d'emploi

Le Québec, vu, analysé et expliqué avec humour par une Franco-Québécoise de souche. S'invitent parfois coups de coeur, coups de gueule et chroniques, ayant ou non rapport avec la Belle Province. Bienvenue et bonne lecture !

99 mots et expressions à foutre à la poubelle

Je tiens à partager une petite découverte avec mes millions de lecteurs. Il s'agit d'un petit livre absolument hilarant et criant de vérité ! J'ai tellement ri en le lisant que mon homme en était presque exaspéré, c'est dire !

 

Il s'agit du livre 99 mots et expressions à foutre à la poubelle, de Jean-Loup Chiflet.

 

Je crois que tout le monde devrait l'avoir dans sa bibliothèque, même ceux qui n'aiment pas lire. En effet, ce livre ne contient que 122 pages et est écrit en assez gros caractères (je dirai de la taille d'un gros pépin de raisin). Par ailleurs il y a quelques dessins (13 pour être exacte). Troisième argument : il se lit aisément d'un seul coup.

 

La sélection a été très difficile car les 99 définitions sont succulentes mais j'ai finalement réussi à choisir les trois extraits qui vous donneront probablement envie de vous procurer le livre. Je vous propose donc de découvrir ce que Jean-Loup Chiflet pense des expressions À très vite, bisou et grave.

 

«À très vite

 

Qui se souvient encore de cette époque révolue où se dire Au revoir... impliquait naturellement l'envie de se retrouver, littéralement : Au plaisir de se revoir. Et c'est bien ce que Valéry Giscard d'Estaing voulait nous signifier avec son pathétique Au revoir ! en mai 1981 ! Hélas, l'Histoire cruelle en a décidé autrement. Depuis Giscard, tout s'est accéléré. On vit au jour le jour et le temps nous est de plus en plus compté. D'ailleurs, quelle nécessité de se revoir à l'époque des portables et des courriels ? Non, c'est maintenant que tout se joue. On accélère et on ne mollit plus, il n'y a plus une minute à perdre. Désormais on se contente de rendez-vous sur la comète. À plus ou à très vite, au fil d'une échelle chronologique qui n'en finit pas de perdre ses barreaux. Vous verrez qu'un jour, à force de confondre vitesse et précipitation, on ira plus vite que le temps et on se dira, qui sait : À hier, ou même : À avant-hier. De toute façon, ces formules toutes faites n'ont qu'un but : se débarrasser d'un interlocuteur. Ce n'est pas moi qui le dis, c'est Henry de Montherlant : "Que dire à quelqu'un que l'on n'a nulle envie de revoir sinon : "À bientôt" ?"»

 

 «Bisou

 

Non mais ! Est-ce que vous pensez sérieusement que j'ai une tête à aimer les bisous ? Un vrai bisou peut être acceptable si la chargée de mission est jolie, et s'il fait partie d'un des trois types distingués par le Kâma Sûtra : l'"inaugural", le "frémissant" et le "léché", ou, dans notre langage plus contemporain, la pelle, la galoche et le patin qui demandent une bonne technique de respiration par le nez et du "tourné de langue". Mais il est insupportable à recevoir par écrit. Bisou sévit beaucoup à la fin des textos (ou des texti, allez savoir !). Certains l'écrivent dans la lignée des choux, hiboux, joujoux, cailloux, genoux, et poux avec un x, d'autres avec un s, d'autres, radins ou pressés, au singulier. Pour ma part, j'ai un faible pour le "tendres baisers" ou le "je t'embrasse" qui sont déjà gages d'affection. Bisou, lui, ne mange pas de pain et n'engage à rien. Avec lui, on ne sait pas si nos affaires avancent. Il est aussi érotique que "allez ! on se fait la bise" ou "gros bécots". Bref, c'est un mot qui, au même titre que "poutou", ne doit être mis que dans la bouche et sur les joues des enfants... Allez, bisous

 

 «Grave

 

La loi de la gravité (dûment énoncée par Isaac Newton à la suite de la chute malencontreuse d'une pomme sur son occiput) n'en finit pas de faire des victimes... Pensez donc ! Avant, on parlait d'accident grave, de situation grave... Désormais, ce sont les gens eux-mêmes qui deviennent graves. "Il est grave, celui-là", "Là, elle est grave, la meuf"... Et comme si cela ne suffisait pas, le cas échéant, il y a même, distinction suprême, "grave de chez grave". À ne surtout pas confondre, par exemple, avec un nom de parfum : rien à voir avec Dior de chez Dior. Même si j'ai de bonnes raisons de penser que c'est peut-être de ce genre d'appellation publicitaire que tout est parti. Il n'empêche que je m'interroge sur l'identité exacte de ce mystérieux M. Grave qui héberge le grave. La piste vinicole, un moment envisagée, a dû être abandonnée, suite à une protestation des viticulteurs bordelais qui précisent que ce n'est pas "grave", mais "Graves", et que ça sent encore la diffamation fort probablement organisée par la Commission européenne... Alors, qui êtes-vous au juste, monsieur Grave ? Et qu'est-ce que c'est que cet hébergement illicite ? Vous avez vos papiers ? Il n'empêche que je trouve tout ça grave, docteur. Et que tant qu'à me gratouiller ou me chatouiller, ça m'irrite carrément ! »

 

Mon seul regret : l'absence du mot "kiffer", lequel me donne des boutons. Pas vous ?

 

 

 

 

 

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article