Québec : mode d'emploi

Québec : mode d'emploi

Le Québec, vu, analysé et expliqué avec humour par une Franco-Québécoise de souche. S'invitent parfois coups de coeur, coups de gueule et chroniques, ayant ou non rapport avec la Belle Province. Bienvenue et bonne lecture !

Parler québécois est un ART qui ne s'apprend PAS

Parler québécois est un ART qui ne s'apprend PAS

Alors c'est officiel : p.e.r.s.o.n.n.e ne sait véritablement imiter le parler québécois. Pas même Gad Elmaleh. Encore moins Laurent Gerra. Encore moins Florence Foresti. ET SURTOUT PAS FRED VARGAS DANS Sous les vents de Neptune, l'un de ses nombreux et célèbres romans policiers. Quant aux milliers de Français qui ont tous, un jour ou l'autre, prononcé le mot "tabernacle" en empruntant l'accent belge-ardéchois, inutile de préciser qu'ils sont à des années-lumière du vrai et si beau et si libérateur "TABARNAK !".

À des années-lumière.

Même moi, qui ai pourtant du sang québécois dans les veines, un pur Québécois dans mon lit, et beaucoup de succès dans la vie, je serais incapable de me faire passer pour une vraie québécoise dans un commerce. On me démasquerait sur le champ, sans pour autant nier le fait que bon, tout de même, ce n'était pas si mal.

Le parler québécois est une œuvre-d'art et demeure, par conséquent, unique. Seul l'original nous intéresse vraiment. C'est un William Bouguereau croisé avec un Pablo Picasso. Bouguereau pour la racine académique du français, et Picasso pour la créativité et les couleurs.

Le parler québécois est une musique qui ne cesse de me charmer, de me faire sourire, et de me surprendre, car même après des années en terre québécoise, j'ai la chance et le bonheur de ne pas encore avoir fait le tour de la question.

Encore tout récemment, j'ai entendu pour la première fois la très imagée et délicieuse expression "modèle à coller", qui désigne... une maquette, tout simplement. J'étais com-plè-te-ment sous le charme. Vraiment ! Je trouve cette expression BELLE. Sacrément bien trouvée. Je me suis d'ailleurs aussitôt rendue sur le site Web de Hachette collections, afin de commander les 458 fascicules "Construis TA cathédrale de Reims", non sans allégresse et fébrilité.

Les Québécois sont inimitables, ce sont de petites abeilles qui ajoutent des "s" et des "z" un peu partout ; entre les d et les i, entre les d et les u, entre les t et les i, et entre les t et les u, pour être tout à fait exacte. Ils s'énervent avec des mots d'église ; "cruise(nt)" au lieu de "draguer" ; et mangent de la lasagne, du spaghetti (ou "spaghatte") et du "melon d'eau" (pastèque). Impossibles à imiter, je vous dis. Tu as compris Laurent Gerra !?

Exemple tiré d'une discussion entre un prof de rauschpfeife et son élève Brenda :

- Veux-tsu venir chez moi dzimanche ? J'ai acheté dzu bon melon d'eau...

- Si c'est pour me cruiser, oublie ça !

- Non, non, c'est juste que ta sœur m'a dzit que tsu adorais ce fruit. En plus je suis le roi de la lasagne. Tsu pourrais rester souper si tsu veux...

- Désolée mais j'préfère le spaghatte. Bye !

- Bon ben va chier ; CÂLISSE de conne ! Lol, dommage. Bye ! ;-)

Le parler québécois est un don qui n'est donné qu'aux Québécois. Les autres ne l'auront jamais et doivent immédiatement cesser toute tentative d'imitation puisque ce sera, de toute façon, médiocrissime.

Le tweet du jour : G très envie 2 faire un modèle-à-coller de la tour eiffel en fumant des cigarettes... Tu é libre samedi soir ? G envie kon s'éclate.

À lire également :

- Expressions québécoises peu glamour

- Parler anglais au Québec, qu'est-ce que ça veut dire ?

- Mes expressions québécoises préférées

(crédit photo : http://tourismalaga.com/2013/10/16/en-la-piel-de-picasso/ )

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dominique 18/11/2013 15:05

Bonjour,
C'est amusant à lire. C'est tellement vrai que parler quebecois est un art difficile. Mais ça fait partie d'un processus que l'immigré-e de france doit faire. Il lui faut lutter et assimiler.
Ainsi moi, hier matin, je sortais d'une boulangerie tenue par un ex français. en sortant de là, je me suis rendu compte oh horreur, que j'avais la baguette sous le bras, comme un français en fait.. me manquait plus que le bérêt... J'ai continué le pain à la main..

Franco-québécoise 06/02/2014 20:47

Bonjour Laura,

Merci pour votre message, je suis toujours ravie d'avoir un lecteur de plus :-)

Oui, j'imagine que le jeune Français a pris le client pour un fou !

Moi je me souviens de la première fois que j'ai entendu l'expression "c'est de valeur"... Je ne comprenais pas du tout ce que ça voulait dire et je n'osais pas demander, je venais de commencer un nouveau travail... L'expression "faire application" aussi m'avait... déstabilisée !

A bientôt !

Laura 05/02/2014 18:06

Bonjour Franco-Québécoise
Très sympa votre blogue, je vais le suivre. J'ai une anecdote à propos du parler et des expressions. Il y a quelques années mon mari (il est importateur de produits alimentaires) rend visite à un client, une pâtisserie. Derrière le comptoir se trouve un employé français fraîchement arrivé. Il sert un client qui vient de choisir un beau gros gâteau. L'employé le dispose avec délicatesse dans la boîte. Le client aussitôt lui demande : Est-ce qu'il va être correcte dans la valise ?
Panique dans les yeux de l'employé !!! Mon mari comprend que l'employé est désespéré et cherche la réponse. Il lui explique qu'au Qc on appelle "valise" le coffre de la voiture. Ouf! L'employé s'imaginait que le client allait mettre le gâteau dans une valise (de voyage) !
Une même langue mais des compréhensions totalement différentes !
Laura

Franco-québécoise 18/11/2013 23:55

Très drôle ;-) Mais avais-tu un pull à rayures au moins... ?