Québec : mode d'emploi

Québec : mode d'emploi

Le Québec, vu, analysé et expliqué avec humour par une Franco-Québécoise de souche. S'invitent parfois coups de coeur, coups de gueule et chroniques, ayant ou non rapport avec la Belle Province. Bienvenue et bonne lecture !

À Valérie, Bernard, et les autres...

À Valérie, Bernard, et les autres...

Sensibilité à vendre pour cause de surplus. Excellent état. Vient par lot de caisses de six ou par conteneur. Merci de me contacter entre 18h et 23h au 514-999-6767. (Je ne vends pas en dessous de 4 dollars le kilo.)

J'ai compris un truc terrible il y a quelques jours. Les moules sont balancées vivantes dans la casserole. Il a fallu que j'en prépare moi-même pour prendre conscience de cette réalité pourtant bien connue. Bien sûr ce n'était pas le premier plat de moules que je m'envoyais, mais c'était le premier plat de moules que JE préparais.

Cette expérience m'a triplement traumatisée, en plus de me briser le coeur.

Premièrement parce que durant une semaine, j'ai eu quelque chose de vivant dans mon frigo. Des dizaines de choses vivantes.

Deuxièmement parce que ce ne fut pas toujours facile de déterminer si telle ou telle moule était encore bonne ; la santé gastrique de ma famille reposait entièrement sur mes décisions ; trop de pression pour une seule femme.

Troisièmement parce que j'ai foutu des êtres encore vivants et sans défense dans une casserole.

Oui : j'ai préparé des moules marinières moi-même, et c'était la première et dernière fois.

Très vite en commençant à les trier, j'ai su que ça n'allait pas être possible. Je me connais. La culpabilité et l'attendrissement ont donc, comme je l'avais si vite pressenti, pris le dessus : je suis allée mettre mes bottes de jardinage.

Alors que je passais des coups de fil pour leur obtenir à chacune une carte d'assurance maladie tout en creusant dans mon jardin un bassin destiné à recréer leur milieu aquatique, mon conjoint est précipitamment sorti sur la terrasse et m'a dit d'arrêter mes conneries. "Que penses-tu de Valérie pour celle-ci ?" lui ai-je répondu en frottant affectueusement mon nez sur la plus attachante du groupe. Il ne m'a pas clairement manifesté son désaccord, mais je sentais bien qu'il aurait préféré Camille.

Finalement, comme nous n'avions pas envie de manger nos frites accompagnées de tartines de beurre de cacahuètes et que nos voisins menaçaient d'appeler la police, je suis retournée à l'intérieur, ai mis Valérie, Bernard et les autres dans la marmite-scène-de-crime et, quelques minutes plus tard, nous les avons MANGÉS.

Pour une première, c'était très bon - est-il possible de toutes façons de ne pas mettre correctement du beurre, des échalotes, du vin blanc et des mollusques dans une casserole ?

Mais revenons au triage de moules...

Avis à tous les chefs et autres amateurs de cuisine qui donnent sur Internet des techniques pour sélectionner les moules encore vivantes : ON SE MET TOUS D'ACCORD SUR LA MÉTHODE PERMETTANT DE DÉTERMINER SI OUI OU NON UNE MOULE EST ENCORE FRAÎCHE. Selon mes recherches, il existe trois écoles de pensée, et c'est déjà beaucoup trop.

- La technique de l'eau froide. Il faut mettre les moules dans un grand récipient d'eau froide, bien remuer, et attendre cinq minutes. Celles qui se referment complètement ET qui ne flottent pas à la surface sont fraîches, donc consommables.

- La technique de la moule qui se ferme. Si, après avoir été mise dans l'eau froide, la moule se referme complètement, elle est fraîche, donc consommable. (Pas de données, cette fois-ci, sur les moules qui flottent.)

- La technique de la pichenette. Là, il faut donner quelques pichenettes à la moule, donc, pour voir si elle réagit et se referme. Si c'est le cas, c'est qu'elle est encore vivante ; sinon : poubelle.

J'ai perdu beaucoup de temps avec les moules qui se refermaient complètement mais qui flottaient à la surface. Je n'arrivais pas à interpréter leur message. J'avais beau les remuer à nouveau dans le saladier d'eau froide, leur donner toujours plus de pichenettes, des coups de boule, elles restaient tout de même à la surface. Alors ? Vivantes ou pas vivantes ? Difficile à savoir... "Dans le doute, abstiens-toi de manger des moules dont tu ignores l'état" : j'ai jeté la moitié du lot.

La kestion Facebook : eske ta mère sapel Valérie ? Moi non. elle sapel michèle.

(photo : MaxStraeten, Morguefile)

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dominique 11/10/2013 14:16

Franchement, je suis mort de rire.
J'ai adoré ce récit.
La prochaine fois que tu manges des huîtres (pas des belons.. ni des marennes, yarkkkk non, des caraquet) promets de nous faire part des tes états d'âme...
ps, tu nous montres les photos des pierres de la doncaster?

Franco-québécoise 12/10/2013 05:48

;-) Ahhhh... Hélas je n'ai jamais réussi à manger une seule huître... Je suis incapable d'avaler quelque chose de vivant. Pour les photos, oui, tu as raison, il faudrait que je fasse un petit article ;-)

patquebec 09/10/2013 11:22

"...mais je sentais bien qu'il aurait préféré Camille" --- Halala, j'ai éclaté de rire, encore :) Et vive les personnes sensibles !

Franco-québécoise 09/10/2013 23:08

;-) Oui tu as bien raison !

Beah 07/10/2013 22:39

Tes états d'âme m'ont fait rire. Bien que très sensible moi-même, j'avoue que je ne m'étais jamais souciée des moules dans la casserole (il faut dire que j'ai travaillé dans un restau à l'Ile de Ré où on servait beaucoup de moules et autres fruits de mer par jour). Pour ne plus se poser de questions sur ce qui est frais et bon en les préparant, c'est comme les champignons, il faut avoir commencé petit à les chercher/préparer!

Franco-québécoise 08/10/2013 05:41

Ou ne plus en acheter et se rendre au restaurant quand on a une rage de moules. ;-)